Midi-Pyrénées a quitté l'orbite européenne



Gérard ONESTA 
12 janvier 2010

La Commission européenne n'en finit plus de laisser filtrer de mauvaises nouvelles pour Midi-Pyrénées. Après le rejet, la semaine dernière, de la candidature d'EADS-Astrium pour les 14 premiers satellites de la constellation Galileo (un marché de plus d'un demi milliard d'euros), c'est maintenant le siège même de cet ambitieux programme spatial qui risque d'être retiré à Toulouse. Ce ne serait donc plus depuis notre région que les décisions stratégiques futures seraient prises.


Ces turbulences s'ajoutent à celles que traverse également l'aéronautique, le pénible décollage de l'A380 et l'atterrissage (définitif ?) de l'A400M fragilisant le tissu industriel dans au moins quatre de nos départements. Personne au niveau régional n'a - une fois de plus - anticipé cette crise. Pourtant l'affaire est d'importance. Contrairement au système GPS américain vieillissant piloté par le Pentagone, Galileo est un programme civil qui, grâce à son incroyable précision de géo-localisation, ouvre la voie à une toute nouvelle génération de services à haute valeur ajoutée, notamment pour l'environnement.


Faisant suite au récent échec de la candidature de Toulouse au rôle de "Capitale européenne de la Culture", ces annonces permettent de mesurer pleinement à quel point notre région n'existe pas dans l'esprit des décideurs européens.



Midi-Pyrénées est en train de payer "cash" son absence sur la scène continentale, et les conséquences en termes d'image et d'emplois en sont redoutables.


En effet, la représentation de notre région auprès des institutions européennes - malgré le dévouement remarquable du maigre personnel de son petit bureau bruxellois - est misérable au regard de ce que font la plupart des autres régions européennes. Tous nos départements n'ont même pas souhaité y être représentés, c'est dire si notre région n'a pas compris l'importance qu'à désormais l'Europe dans la dynamique de rayonnement technique, intellectuel, économique et industriel d'un territoire.


Le programme Galileo est un projet d'autant plus complexe qu'il est mal piloté. Pour avoir été en première ligne en tant que membre de la Commission des Budgets du Parlement européen, j'ai largement contribué à débloquer ce dossier qui, englué dans ses retards (attention, le GPS de 3 ème  génération est annoncé pour 2013 !), était au bord du désastre. Et je peux témoigner de l'incurie de la classe politique sur ce projet, quand la gauche traditionnelle a joint ses voix à celles de la droite pour faire porter le risque financier sur les finances publiques, tout en garantissant les revenus… aux actionnaires privés.


Malgré le fantastique potentiel technique et humain de notre région, Midi-Pyrénées est donc la "belle endormie" du programme spatial européen. Et le réveil est douloureux. Déjà, malgré ce qu'annoncent les panneaux à l'entrée de la Ville rose - et au-delà de l'excellent travail du CNES - Ariane, ce n'est plus Toulouse. Si l'on tape les mots "Ariane" et "Toulouse" sur un moteur de recherche Internet, on ne tombe guère que sur un hôtel, un restaurant ou un parc de loisirs…


C'est à l'aune de ce genre de réalités que l'on mesure vraiment la valeur d'un bilan.


L'un des enjeux de la nouvelle équipe régionale qui sortira des urnes en mars prochain sera - parce qu'elle "pensera européen" - de replacer Midi-Pyrénées sur la carte continentale autrement que dans des discours dont on mesure douloureusement aujourd'hui la vacuité.

Gérard ONESTA
Ancien Vice Président du Parlement européen
Tête de liste d'Europe Écologie pour les élections régionales en Midi-Pyrénées


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